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Ce blog sera entièrement consacré à la figure du collectionneur et  mécène  Ferdinand de Sastres
Mercredi 30 janvier 2008
cimeti--re-militaire.jpg Plus venue  sur ce blog depuis des mois.  Le boulot, les trucs à rendre et puis une certaine  asthénie hivernale qui s'empare de moi et de mes projets.  Je reste hantée par les fantomes. Soudain, l'image me frappe, l'image du cimetière militaire où s'alignent les croix identiques. Les blogs, les croix et les caisses. Tout se ressemble finalement. Le Mausolée de Ferdinand de Sastres n'était-il pas un oracle, une image anticipée de notre siècle où les blogs, témoignages de pensée moribonde, s'empilent dans l'ère virtuelle comme autant de caisses pleines et closes ? L'alignement, l'empilement, qu'il soit géométrique, ou bien binaire, continue de se propager à travers notre époque. 
Par Juliette Désastres
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Jeudi 22 novembre 2007
Le-Balcon-de-Manet.jpg Longtemps que je ne suis plus venu sur ce blog.  Je crois être victime d'une forme de possession très rare, ridicule, pathétique, terriblement émouvante et  incompréhensible par notre  époque...parler aujourd'hui d'âme soeur, est-ce bien raisonnable ? Bref, passons...

Ce matin, j'ai découvert une anecdote intéressante concernant René Magritte. Cette histoire sans grand intérêt, glissée entre deux phrases par l'un de mes enseignants, m'a immédiatement sidérée. Vous allez me dire que c'est une habitude, je sais, je sais...
Ils se trouve que Magritte  était fasciné par les caisses, qu'il considérait comme le symbole même du Mystère. Il racontait à qui voulait bien l'entendre qu'une caisse s'était trouvée près de son berceau et qu'elle constituait (elle et son contenu indéfini) son tout premier souvenir. Jusque-là, rien de bien exatrordinaire, me direz-vous, même si vous voyez déjà plus ou moins où je veux en venir. Bien sûr, ce ne pourrait être qu'une coïncidence, un peu tirée par les cheveux, je vous l'accorde, mais vérification faite, et en dépit de ce qu'il racontait, la Caisse n'apparait pour la première fois dans l'une de ses oeuvres qu'en 1926 (voir ci-dessus Le Balcon de Manet). Dans cette toile, la Caisse se fait cercueil, cercueil de l'Art, si j'en crois la référence à Manet, un peu comme chez Ferdinand et son Mausolée, nouvelle coïncidence, donc ! Mais le plus suprenant dans tout cela, c'est que Magritte rencontra André Breton pour la première fois en 1926. 
Impossible de savoir si Magritte se rendit au Mausolée de la rue Cardinet, s'il rencontra Ferdinand de Sastres, mais j'émet l'hypothèse  que Breton, ébranlé par ses visites régulières, raconta tout à son ami Magritte. Dieu seul sait si cette histoire de caisses fit écho chez lui au souvenir infantile, ou bien si Magritte inventa, purement et simplement, cette histoire de "caisse primitive" pour justifier ensuite son soudain intéret pour l'objet mystérieux.
Par Juliette Désastres
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Mercredi 10 octobre 2007
enfants-terribles.jpg Ce matin, sans savoir pourquoi, j'ai ressorti des tréfonds de la bilbliothèque famililale Les Enfants terribles de Jean Cocteau, paru en 1929. J'ai découvert ce roman à l'age de dix-sept ans et j'en garde encore aujourd'hui un souvenir ému. En feuilletant machinalement le volume, je suis tombé là-dessus :

"Le désordre [...] s'aggravait et formait des rues. Ces perspectives de caisses, ces lacs de papiers, ces montagnes de linge, étaient la ville du malade et son décor. Élisabeth se délectait de détruire les points de vue essentiels [...] et d'alimenter à pleines mains cette température d'orage sans laquelle ni l'un ni l'autre n'eussent pu vivre» (chapitre 3)."

Bien évidemment, mon sang n'a fait qu'un tour. Cocteau ayant séjourné au Mausolée et dans l'entourage de Ferdinand de Sastres entre 1922 et 1925, le roman ayant été écrit en 1928, le personnage de Gérard serait-il inspiré par Sastres, ses névroses et son assemblage de caisses éparses ? La chambres des enfants, où Gérard et sa soeur Elisabeth tentent de bâtir un monde à eux, serait-elle une version romanesque du Mausolée ? J'ai passé la journée à faire de nouvelles recherches, en vain...Le lien ne fait pourtant plus aucun doute à mes yeux !
Par Juliette Désastres
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Dimanche 30 septembre 2007
parc-monceau.jpg Aujourd'hui, il  faisait beau et je suis allée me promener au parc Monceau. J'ai déambulé dans les allées, au milieu des nurses anglaises et leur landeau. En regardant les arbres les plus grand, je me disais, pêut-être Ferdinand est-il venu là lui-aussi, un jour comme aujourd'hui, calme, clair et pourtant chargé d'une certaine mélancolie automnale. Je suis aussi passée rue Cardinet, même si je n'aime pas cet endroit. Chaque fois que je suis dans le quartier, je me sens obligée d'y aller comme en pelerinage. Ensuite, je regrette, la vue de ce garage me fout le bourdon. Tout cette histoire me chamboule. Voila six mois que j'ai découvert l'existence du Mausolée, de Ferdinand, de son père Hector et de l'architecte Malbert. C'était en avril dernier, l'année scolaire allait sur sa fin. Je n'avais pas conscience à l'époque d'être à la veille d'un boulversement majeur. Je pèse mes mots. Certaines personnes sont plus sensibles aux morts qu'aux vivants et je dois certainement être l'une d'elles. Je ne sais pas ce qui me travaille autant, sans doute quelque chose de ma propre histoire dont j'ai perdu le souvenir, quelque chose d'enfoui très profondément. Le fait est que je me sens aujourd'hui plus proche de Ferdinand de Sastres que des hommes de mon âge. C'est aussi ridicule que cela. Si j'en parlais à mes petits camarades de la rue Bonaparte, ils me prendraient pour une folle. C'est aussi pour cette raison que je tiens ce blog de manière anonyme. Comment ? Vous n'avez tout de même pas cru que Désastres était mon vrai nom de famille...
Par Juliette Désastres
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Jeudi 20 septembre 2007
plans-copie-1.jpg Nous avons donc là quelques travaux sans envergure qui s'avèreront préliminaires, un grand-oeuvre dissymétrique, produit quasiment ex-nihilo, sorte de panthéon à vocation domestico-muséale et puis plus rien. Rien de rien ! Il est étrange de noter qu'après 1918 et la réalisation du Mausolée, Gustave Malbert connut une lente et douloureuse dépression qui devait finalement le porter dans la tombe quelques vingt ans plus tard. Nulle part, je n'ai trouvé la trace de constructions postérieures, ni même de dessins préparatoires. Il semblerait bel et bien que l'architecte ait renoncé à l'architecture, un peu comme Rimbaud s'était, selon le mot fameux de Mallarmé, "amputé vivant de la poésie".  Peut-être y avait il dans ce geste tout ce que l'artiste avait cherché à dire. Inutile par conséquent de se répéter en vain, de se plagier dans une succession ridicule de palimpsestes ou de pentimentos
Si l'ambition d'un homme peut se résumer efficacement dans une seule etrenprise, le "Mausolée de Sastres"  fut bien celle-là pour le créateur Malbert. On peut toutefois nuancer notre propos en reconnaissant que ce bâtiment extra-ordinaire fut le fruit d'un duo, d'un tandem, le commandiataire imprimant lui aussi sa patte au dessin. On ne sait pas pourquoi Ferdinand de Sastres choisit Malbert en lieu et place de tous les architectes connus de son temps (à commencer par Horta lui-même). Peut-être y avait-il quelque chose entre eux deux, un lien secret, une communion de vues et d'âmes qui conduisit au miracle, à l'équilibre, les rèves des deux hommes n'en formant plus qu'un de pierres et de ciment.
Par Juliette Désastres
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Mercredi 19 septembre 2007
Villa-Malbert.gif La carrière de Gustave Malbert se résume aujourd'hui à bien peu  de choses (on l'a déjà vu au sujet de Boullée). Au début du XXè siècle, il construisit plusieurs villas, exclusivement situées sur la côte normande et qui furent presque toutes détruites durant les bombardement alliés de juin 44.  La façade ci-dessus, que l'on peut encore admirer du côté de trouville, dans le Calvados, est tout ce qui reste de cette période. Réalisée peu après son apprentissage chez  Victor Horta, cette maison, où le gothique flammand l'emporte déjà haut la main sur l'Art Nouveau,  participe de cette expérience  architecturale initiée par les romantiques et Viollet-le-duc au XIXè siècle. Il ne s'agit pas d'imiter de manière allusive, ou bien même de restituer une réalité stylistique disparue, mais bien de recréer de toutes pièces un âge largement fantasmé et qui n'a jamais véritablement existé. Le Moyen-âge des romantiques est un rêve éveillé qui mêle culture architecturale et dessins originaux sous forme d'exercices de style. "restaurer un édifice, ce n'est pas l'entretenir, le réparer ou le refaire, c'est le rétablir dans un état complet qui peut n'avoir jamais existé à un moment donné", écrivait alors Viollet-le-duc. On peut toujours observer les résultats de cette philosophie romanesque dans la flêche de Notre-Dame, au Chateau de Pierrefonds, ou dans les croquis de la "Cathédrale idéale" (voir ci-dessous). Dans cette perspective, le Mausolée, qui vient après ces travaux préparatoires que furent les villas, peut être perçu comme le joyau architectural d'une époque inconnue et d'un espace indéterminé. Le bâtiment fut conçu dès son origine, comme l'ultime vestige d'une civilisation éteinte et restant encore à découvrir... Cath--drale-id--ale.jpg
Chateau-de-Pierrefonds.jpg
Par Juliette Désastres
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Mardi 18 septembre 2007
Puisqu'il ne reste rien, rien de tangible du moins, il nous faut tenter de reconstruire mentalement un univers, une maison, une vie.  Comme je l'ai dit précédemment, je ne crois pas trop à l'Art brut. Tout créateur subit une influence, aussi insignifiante soit-elle. Le Facteur Cheval qui construisit seul son Palais idéal (voir ci-dessus) s'inspirait de ses lectures, en particulier celle d'un illustré périodique intitulé le Magasin pittoresque auquel Jules Verne était également abonné. Faut-il se considérer comme un artiste pour produire une oeuvre valable ? L'oeuvre se cache-t-elle dans les replis du quotidien, comme la pierre anguleuse sur laquelle buta Cheval avant de trouver l'illumination ? Si Malbert était un artiste reconnu comme tel et le Mausolée son unique chef d'oeuvre (on peut d'ailleurs s'interroger sur ce qui poussa Ferdinand de Sastres a embauché un architecte qui n'avait presque rien construit), on peut toutefois s'interroger plus légitimement sur l'attitude de Sastres vis-à-vis de son palais et de son contenu. N'ayant rien produit, au sens littéral du terme, Sastres agença, collecta,  bref, donna du sens, un sens, au chaos. Malbert savait certainement qu'il tenait là une occasion unique de prouver son talent, mais qu'en fut-il de Sastres. Avait-il conscience de créer quelque chose d'éphémère, une oeuvre composée d'autres oeuvres et quels étaient ses rapports à l'Art en général pour souhaiter ainsi le dissimuler ?
Je me promène souvent en pensées dans le Mausolée. j'en parcours les couloirs, j'en visite les salles. je circule entre les caisses de toutes tailles dans la pénombre. j'imagine alors leur contenu et je tente de trouver une signification à tout cela. Cet endroit n'est plus un endroit, un espace je veux dire, mais bien un pan de mon imagination où je projette mes propres fantasmes. Nous sommes tous, en quelque sorte, les gardiens de notre propre mausolée...
Par Juliette Désastres
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Lundi 17 septembre 2007
17-bis-rue-Cardinet.jpg
Le bâtiment fut laissé à l'abandon après-guerre (querelles de succession entre divers prétendants éloignés et les tenants d'un fond de placement). Oublié par Malraux et les Monuments Historiques dédaigneux, le Mausolée  fut enfin vendu à une compagnie d'assurance en 1967, puis rasé deux ans plus tard, afin de réaliser une opération de spéculation immobilière. On trouve aujourd'hui à sa place un garage Mercedes, ce qui ne manque pas d'ironie lorsque l'on sait que Ferdinand se battit contre les Allemands en 14 et fut dépouillé de ses biens, encore sur son lit de mort, par les Nazis.  Ainsi va le monde...dont il s'était retranché.
Par Juliette Désastres
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Dimanche 16 septembre 2007
Hector-de-sastres-par-Nadar-copie-1.jpg Il semblerait que notre ami Ferdinand ait eu un père (ce qui arrive même aux meilleurs d'entre nous). Tenter d'expliquer l'étrangeté d'un comportement, le génie ou quoi que ce soit d'autre en n'évoquant que le traumatisme de la guerre et la figure du père est affreusement réducteur. J'en ai parfaitement conscience et les marxistes, les sociologiques de l'école de Chicago et les bouddhistes adeptes du karma m'excuseront par avance pour cette entorse psychanalytique. Les documents sont peu nombreux et il me faut faire avec ce qui est disponible. Il se trouve que Sastres père fut en son temps plus connu que sa progéniture, alors ne nous privons pas de cette célébrité relative, si elle peut expliciter un tant soit peu la personnalité du fils.
Hector de Sastres (voir ci-dessus son portrait en pied, réalisé par Felix Nadar en 1889), on le sait, était un industriel riche et puissant de la fin du XIXè siècle, ayant fait fortune notamment dans l'équipement des armées, grace à son amitié avec un ministre du second Empire nommé Jacques-Louis Randon . Spéculateur, magnat de la finance, il fut peut-être à l'origine du personnage d'Aristide Saccard dépeint par Émile Zola dans l'Argent en 1891. Toutefois, celui-ci conserva toute sa fortune et la transmit à son fils unique.
On ne dispose d'aucune information concernant l'enfance de Ferdinand à une exception près. Sa mère mourut en couche et il fut donc élevé par son père. On imagine assez mal toutefois celui-ci fasciné par les Beaux-Arts. Son quotidien devait être rythmé par les chiffres de la bourse, la parution des journaux du matin et les grands travaux des expositions Universelles. C'était tout simplement un homme de son temps, industrieux, ambitieux et volontaire.
Comment expliquer alors un tel revirement de situation ? Le fils devait succéder au père à la tête de l'empire, or il n'en fut rien.  L'argent  qui avait tant fasciné Hector (peut-être parce qu'il en avait justement manquée, né dans une famille d'aristocrates déclassés et sans le sou) n'intéressait Ferdinand que dans une perspective d'indépendance et de liberté. Il construisit son rève avec les millions durement accumulés par son père. Le monde dont il revait alors était à cent lieux de celui imaginé par son père, mais pour lui comme pour des millions d'autres hommes, la victoire de 1918 était plus amère que la défaite de 1871 pour la génération précédente. 
Ferdinand-de-Sastres-en-1912.jpg (Un des très rares clichés disponibles de Ferdinand de Sastres, pris en 1912. J'aime ce regard sévère et mystérieux qui annonce une grande détermination dans la réalisation de l'impossible...)
Par Juliette Désastres
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Jeudi 13 septembre 2007
caisse-nazie.jpg Quel était le contenu de ces fameuses caisses ? C'est bien évidemment la question que nous sommes en droit de nous poser, particulièrement au regard de l'immense fortune personnelle investie par Sastres dans l'établissement de sa collection. Si les oeuvres étaient la hauteur du bâtiment qui les accueillaient, on imagine sans mal l'ampleur du fond constitué. Les spéculations furent nombreuses. On a parlé de chefs d'oeuvres, mais à la vérité personne n'en sait rien. Il faut dire que Ferdinand de Sastres mourrut au début de l'occupation allemande, ne laissant ni famille, ni héritier et que la totalité de sa collection disparut pendant la guerre. L'absence d'ayant-droit conjuguée au fait que personne n'avait jamais vu les oeuvres en dehors de leur caisse respective, empêcha sans doute les tentatives d'identification et de récupération ultérieures. (la spécificité de cette collection fut aussi son tombeau)
À bien y réfléchir, pourquoi vouloir à tout prix deviner ce qui se cachait derrière ces panneaux de bois et c'est justement là que Sastres nous adresse un message. L'oeuvre a-t-elle finalement la moindre importance ? Son importance éventuelle n'est-elle pas magnifiée par son absence, par l'imagination du spectateur ? La valeur artistique, en dehors de certains critères objectifs d'ordre technique, n'est-elle pas une chimère, un fantasme plaqué par l'inconscient sur un objet intrinsèquement inutile et inepte ? Je vous laisse méditer...
Par Désastres
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