Dimanche 9 septembre 2007

Si je n'avais la certitude que
Gustave Malbert a réellement existé, je l'imaginerais assez bien sorti de l'imagination de Gustave Flaubert. Il a certainement quelque chose de
Bouvard et Pécuchet, un coté ambitieux et absurde qui pousse à réaliser de grandes choses et à échouer. Il faut dire que
la carrière de l'architecte est des plus étranges, longue et presque vide, encombrée de projets avortés, dont le "Mausolée" reste la seule réalisation d'ampleur.
L'analogie patronymique, quant à elle, est des plus évidentes. L'étymologie nous apprend que le nom Flaubert est d'origine germanique. "
berht" signifiant "brillant et "flau" venant soit de
"
frod" qui signifie "avisé ou bien de "
hlod" qui veut dire "célébre". Si Flaubert est donc la "célébrité brillante", alors, on l'aura compris, Malbert serait son antithèse
luciférienne, un ange déchu en quelque sorte, ou l'irresistible beauté du Mal, mais je me perd en conjectures...
On sait qu'il fut l'élève de
Victor Horta, le pape de l'Art Nouveau qui influencera
Guimard, mais à l'exception de certains éléments décoratifs, le "style nouille" comme on le surnommait à l'époque est assez peu présent dans ses
dessins et constructions. À mon humble avis, c'est plutôt l'influence d'
Alphonse Balat (professeur et maître de Horta en son propre temps)
qui transparait chez Malbert, comme si la descendance esthétique pouvait en quelque sorte sauter une génération, à l'image de certains traits héréditaires.

Dans le dessin du jardin d'hiver (voir
ci-dessus une gravure réalisée par Hugard à la fin de sa vie), c'est bien évidemment les
serres royales de
Laeken, imaginées par Balat, qui viennent tout de suite à l'esprit. (voir ci-contre)
L'idée même d'édifier un bâtiment à la gloire de l'universalité (ambition qui se dégage du projet de la rue Cardinet) semble provenir des rèves de Balat, notamment du Panthéon National
qui devait être édifié à Koekelberg et qui ne verra jamais le jour.

Au-travers même de Balat, son sens de l'ampleur et de l'épure
néo-classique, c'est aussi à
Etienne-Louis Boullé que l'on songe immanquablement lorsque l'on évoque Malbert.
Même fascination pour la géométrie arabisante, les tours, les grands espaces clos. Boullée est l'exemple type de l'architecte de geste, peu intéressé par la fonctionnalité qui produisit toute sa
vie des monuments qui ne furent jamais construits. Peut-on en déduire que Malbert, lui aussi, préférait se réfugier dans un univers formel ne débouchant sur presque rien, une pure abstraction, un
travail intellectuel, plutôt qu'une volonté réelle de bâtir ? L'attrait de Boullée pour les cénotaphes (ces tombeaux vides et spectaculaires) n'est pas sans rappeler en effet, la finalité du

"mausolée" de Sastres. Est-ce à dire que les
architectes sont responsables de l'usage que l'on fait de leurs constructions, ou que les lieux sont chargés d'une volonté, d'une destination qu'ils finissent toujours par atteindre en dépit même
des apparences et des usages ?
Toutefois, s'il est bien un domaine ou Malbert échappe radicalement à ses prédecesseurs, c'est dans l'exubérance décorative, le métissage avant-gardiste qui le fait trancher avec la rigueur de ses
pairs et renouer finalement avec Horta. Si l'ambition générale est bien d'édifier des temples ou des tombeaux, plutôt que des maisons particulières et familiales, l'apparence contraste avec les
lignes droites pour se charger d'ornements foisonnants et mystérieux.
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